Ethnoconsulting

LES INDIGNATIONS DE HENRY-JACQUES STIKER

 vous partage une réflexion émise par Henri-Jacques STIKER dans son livre Corps infirme et sociétés (2013, Idem-Dunod) et entrant en résonnance avec le sujet de recherche particulier qui m’occupe :

Sur le handicap, « quête et enquête ont à être menées avec rigueur. Mais on ne saurait parler de ce qui touche la souffrance, comme on dissèque des mythes anciens ou comme l’on disserte sur les effets browniensQuiconque aborde l’infirmité […] se trouve engagé dans l’étude à titre personnel, même si ce n’est qu’à travers des documents, et à plus forte raison si l’on se trouve proche de la réalité vivante et vive. »

Je partage complètement les préoccupations de ce grand chercheur et historien au sujet de la prise en compte du handicap : ceux qui en sont préservés ne cherchent pas à comprendre et l’empathie ne fait pas toujours partie des partis pris des professionnels de la santé. Dans le cas de la monovision, certains osent dire aux parents d’enfants atteints « faites comme s’il n’y avait rien, traitez le-la comme n’importe quel autre enfant qui n’est pas confronté à ce genre de problème ».

  • Ont-ils vraiment compris ce que monovision veut dire et quels sont les impacts de ce « moins » visuel ? 
  • Ne serait-il pas plus constructif de les informer sur les conséquences physiques, psychiques, sociologiques, etc. ? 
  • Éduquer pour éviter de stigmatiser ? 

« Nous organisons le monde pour une sorte d’homme moyen baptisé normal, ce monde que risque de modifier et de refaire celui qui ne peut pas, ou ne peut plus, s’y mouvoir à l’aise… »

Ce blog refuse d’accorder crédit aux peurs sociétales provoquées par les imperfections, même si nous les considérons ici avec sérieux et rigueur scientifique pour faire avancer le discours. Elles expliquent des comportements, des rapports aux mondes et aux communautés.

  • Néanmoins qu’entend-on par imperfections ? 
  • Par rapport à quoi ? 
  • Ne seraient-elles pas, elles, des normalités puisque rien n’est jamais parfait et tout peut être porteur d’imparfait ?
  • Alors ce qu’on appelle la normalité, la banalité en quelque sorte, ne deviendrait-elle pas alors le frein aux changements, aux tâtonnements créateurs d’évolution, au différent ?

En quelque sorte la normalité qui impose de répondre à une norme pour acceptation, entraînerait des comportements sclérosants. Vivre avec l’imperfection en société, c’est aussi chercher en soi et en autrui la non uniformisation de l’individu et de ses fonctionnements sociaux.

Faisons un parallèle avec les enseignes de grands magasins : dans les grandes villes d’Europe, vous retrouvez les mêmes marques, les mêmes types de boutiques. Aussi les centres urbains en arrivent à se ressembler tous, au détriment des petites boutiques de créateurs qui ont bien du mal à se faire connaître et à exister. Les personnes elles aussi se ressemblent toutes. La différence et l’originalité créatrices se laissent submerger par l’uniformisation, la banalité marketing, la pauvreté apparente de la personnalité.

Faire des catégories, rendre certaines plus essentielles car plus normées que d’autres, vouloiry insérer les populations selon leurs degrés de conformité et ainsi afficher un degré d’importance ou non, vous semble-t-il opportun ?