A mon arrivée à Anvers, j’ai rapidement trouvé du travail dans une maison d’édition où je me suis vraiment ennuyée. La correction de textes francophones ne répondait pas à mes besoins emplis de découvertes et de curiosité. Ne trouvant plus de motivations dignes de la méthode Coué, je me pris par la main et m’inscrivis en doctorat à l’université de Gand en Belgique

Je trouvais une directrice HDR prête à me suivre, ma thèse portait sur l’anthropologie de la communication. Il était prévu, pour me mettre à l’épreuve je pense et ainsi valider mon intégration en tant que Française dans ce pays trilingue, de la faire dans les deux langues.
Côté terrain, je trouvais une entreprise à Bruxelles intéressée par mes recherches, elle accepta de m’embaucher trois jours par semaine pour analyser et résoudre ses problématiques de communication interne. Mère d’un petit garçon puis de deux, peu aidée dans les tâches ménagères et obligée de supporter trois heures de transport en commun aller-retour pour travailler, je dois dire que ma détermination était plutôt forte pour trouver encore le temps d’étudier ensuite… Je m’impliquais cependant et relevais le défi de parfaire la communication entre ingénieurs et administratifs de cette importante entreprise familial de BTP – génie civil, bien implantée depuis plusieurs années au niveau national. J’eus l’occasion de visiter le Berlaymont avant son ouverture aux experts et aux politiques européens.

Je me suis imprégnée des us et coutumes de l’entreprise et des modes de fonctionnement mis en œuvre. La direction me laissait travailler en toute autonomie, condition indispensable pour mener à bien ma mission. Son ouverture d’esprit et sa confiance ont été centrales dans les analyses et actions proposées. Celles-ci ont toutes été validées : j’ai créé de nouveaux supports de communication et relooké le magazine bilingue (F/NL) interne en le rendant plus dynamique, plus interactif, organisé des parcours d’information entre les différents services situés au siège social et les chantiers de construction, organisé des réunions de brainstorming et de prises de décision avec les instances managériales et directoriales, travaillé avec un designer sur la refonte des éléments de communication externe et même sur le logo de l’entreprise, etc.
Au bout de trois ans passés dans les locaux bruxellois à parfaire aussi mes connaissances en béton et autres subtilités, je disposais de matériaux de bonne composition ethnographique à intégrer dans mes recherches doctorales. C’était sans compter sur un manque de soutien marital, mû par une forte jalousie concernant le niveau universitaire visé, et qui m’obligea à abandonner mes « ambitions ». Je dus retourner en France sans être parvenue à mes fins, mon séjour en Belgique étant devenu impossible. J’étais effondrée : j’abandonnais mes recherches et quittais ma ville fétiche avec un poids incommensurable de tristesse sur le cœur.

La nostalgie anversoise envahit alors mes journées ainsi qu’un travail purement alimentaire, sans odeur et sans saveur anthropologique… Je rongeais mon frein pendant de longues années, toujours prête à partir en déplacements professionnels pour tenter de renouer avec ces inspirations liées à la découverte des mœurs d’autrui même si cet autrui restait français. Dès que possible, je séjournais quelques jours à Anvers, logeant chez des amis et parcourant les rues anversoises dans un mélange de joie et de d’abattement sachant le retour vers la France inévitable. J’y retrouvais avec bonheur mes enfants et avec amertume mon train-train quotidien. J’essayais d’utiliser mes compétences ethnographiques dans mon travail d’ingénieure RH en entreprise publique, intention difficile à mettre en œuvre au vu des supports d’intervention très normés à prendre en compte. Je poursuivais en parallèle la lecture de grands textes et expériences anthropologiques, histoire de ne pas perdre la main et de rester dans l’illusion scientifique. J’attendais que mes enfants grandissent pour redevenir le point central de ma vie.