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LYON : LES TISSEURS DE LA CROIX-ROUSSE, MAÎTRES DES PREMIERS ORDINATEURS ?

Savez-vous que les prémices de l’ordinateur datent du 18ème siècle ? Anne RAVET, guide conférencière à Only Lyon, nous met les points sur les i ou plutôt la bonne navette entre les bons fils de chaîne !

En effet elle nous apprend avec un grand professionnalisme que Joseph-Marie JACQUARD (1752-1834) a la bonne idée de combiner l’invention de la mécanique de lecture par Jacques de VAUCANSON (1709 – 1782) avec celle d’une carte perforée par BOUCHON et FALCON pour élaborer la mécanique Jacquard qui va révolutionner la technique du métier à tisser. Ainsi on peut dire que l’informatique trouve sa source dans la combinaison des éléments faite par Jacquard même si la carte perforée existait avant lui. Qui l’eut cru ?

Ces cartes et le système binaire de perforation qui les compose libèrent le tisseur du XVIIIème (ne dîtes jamais Canut, c’est une insulte !) de l’étape fatigante et vorace en temps, celle de la sélection des fils qui doivent se lever dans le métier à tisser et constituer ainsi le dessin du tissu de soie. La mécanique réalise selon les perforations préalablement établies ce travail fastidieux à sa place et augmente la productivité de l’atelier.

Atelier municipal de tissage

Les cartes se place au sommet du métier, déjà conséquent. Le procédé demande d’augmenter la hauteur sous plafond, quatre mètres deviennent alors nécessaires. L’habitat du moment dans le « vieux Lyon » n’est plus adapté, les tisseurs montent sur la colline de la Croix-Rousse alors déserte pour installer leurs outils de travail. Mais avant il faut construire de nouveaux ateliers aux dimensions adaptées à ces métiers à tisser modernisés. Dès 1810, des bâtiments aux façades dépouillées car consacrés au travail, percées de grandes fenêtres pour laisser passer la lumière poussent comme des champignons.

Pour être rentable, l’atelier doit renfermer au moins trois à cinq métiers à tisser. Sur une étroite mezzanine se trouvent les lits de la famille dont tous les membres, petits et grands, se donnent corps et âme à cette activité prenante et bruyante. Le quartier devient en quelque sorte une usine à ciel ouvert à lui seul abritant une multitude de « microentreprises » et est considéré comme une manufacture éclatée ou dispersée. Entre le début et la fin du XIXème siècle, Lyon compte déjà près de 300 000 habitants, 50% d’entre eux travaillent dans la soie.
Ces anciens ateliers sont devenus pour la plupart, au fil des fermetures d’ateliers, des habitats « bobos » dans lesquels trônent un ou plusieurs ordinateurs exempts de cartes perforées…

Merci Anne pour ces précisions anthropo-historiques, l’informatique a une déjà longue histoire derrière elle et ses implications sociétales font l’objet de nombreuses recherches. Les études publiées de François LAPLANTINE, Pierre LEVY, Philippe BRETON notamment sont à même de vous donner des pistes de réflexion complémentaires. Sûr que maintenant vous n’utiliserez plus votre ordinateur sans penser aux tisseurs de la Croix-Rousse devant leur métier à tisser ! N’hésitez pas à nous faire part de vos réactions.